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O.N.U.

RAPPORT DE LA COMMISSION INDÉPENDANTE D’ENQUÊTE SUR LES ACTIONS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES LORS DU GÉNOCIDE DE 1994 AU RWANDA

15 DÉCEMBRE 1999

La Commission indépendante d’enquête sur les actions de l’Organisation des Nations Unies lors du génocide de 1994 au Rwanda a l’honneur de vous faire tenir le rapport ci-après, conformément au mandat que vous lui avez assigné par votre lettre au Conseil de sécurité datée du 18 mars 1999. Les membres de la Commission tiennent à remercier tous ceux qui ont coopéré avec eux et facilité leurs travaux. Ils savent gré, en particulier, aux deux conseillers spéciaux de la Commission, Elinor Hammarskjöld et Lee Shin-wha, d’avoir bien voulu leur apporter leur très précieux concours.


LETTRE DATÉE DU 15 DÉCEMBRE 1999, ADRESSÉE AU PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

Dans ma lettre du 18 mars dernier (S/1999/339), je vous ai informé de mon intention d’établir une procédure d’enquête indépendante sur les actions de l’Organisation des Nations Unies lors du génocide au Rwanda en 1994, et vous ai prié d’en faire part aux membres du Conseil. Je vous ai demandé de bien vouloir me confirmer que le Conseil de sécurité appuyait cette importante entreprise. Dans votre réponse du 26 mars (S/1999/340), vous m’avez fait savoir que le Conseil souscrivait à la ligne de conduite proposée. Comme suite à cet échange, j’ai constitué une commission présidée par Ingvar Carlsson, ancien Premier Ministre suédois, qu’étaient chargés d’assister Han Sung-Joo, ancien Ministre des affaires étrangères de la République de Corée, et le général Rufus M. Kupolati du Nigéria. La Commission s’est acquittée avec la diligence et l’efficacité les plus grandes de la tâche qui lui était confiée. Vous trouverez ci-après un exemplaire du rapport de la Commission, que je vous serais très obligé de bien vouloir porter à l’attention des membres du Conseil.

(Signé) Kofi A. ANNAN

I. INTRODUCTION

Quelque 800 000 personnes ont été massacrées lors du génocide de 1994 au Rwanda. Le carnage dont hommes, femmes et enfants ont été victimes au cours d’une centaine de jours entre avril et juillet 1994 constitue l’un des événements les plus abominables qui entacheront à tout jamais le XXe siècle dans la mémoire des hommes. Les Rwandais ont tué des Rwandais, décimant avec férocité la population tutsie du pays, mais s’attaquant aussi aux Hutus modérés. D’inqualifiables atrocités ont été commises, par les milices et les forces armées, mais aussi par les civils contre d’autres civils.

Outre qu’elle n’a pas empêché le génocide, la communauté internationale n’a pas fait cesser la tuerie une fois qu’il a commencé. Cette défaillance a laissé de profondes blessures dans la société rwandaise et pèse encore aujourd’hui sur les rapports assombris entre le Rwanda et la communauté internationale, en particulier l’Organisation des Nations Unies. Les plaies ouvertes alors doivent être pansées, pour le bien du peuple rwandais et pour celui de l’ONU. C’est pour le Rwanda, pour l’ONU et pour tous ceux, où qu’ils se trouvent, qui risqueraient d’être victimes d’actes de génocide à l’avenir, qu’il importe d’établir la vérité.

En s’efforçant d’élucider ce qu’a été le rôle de l’ONU au cours du génocide, la Commission d’enquête espère contribuer à la restauration de la confiance entre le Rwanda et l’Organisation, faciliter la réconciliation entre les Rwandais et aider à éviter que pareil drame ait jamais lieu à l’avenir. La Commission a analysé le rôle des différents acteurs et organes du système des Nations Unies. Chacun de ceux-ci, en particulier le Secrétaire général, le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les États Membres de l’Organisation, doit reconnaître sa part dans l’échec de la communauté internationale au Rwanda et en assumer la responsabilité. Il importe aussi que cette admission s’accompagne d’une aspiration vers le changement : de la volonté résolue de faire en sorte que des catastrophes telles que le génocide au Rwanda ne se produisent jamais plus, où que ce soit.

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