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Rapport • Juin 2008

La conférence de Goma et la question des FDLR au Nord et au Sud-Kivu

Journée portes ouvertes du 11 mars 2008

Les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), milices rwandaises issues des ex-FAR et Interahamwe, sont aujourd’hui, après presque 14 ans de présence dans l’Est de la République Démocratique du Congo, solidement enracinées dans la société et l’économie du Kivu et se comportent comme un État dans l’État. Tel est le constat principal du nouveau rapport de Pole Institute « La Conférence de Goma et la question des FDLR au Nord- et Sud-Kivu » publié aujourd’hui 18 juin 2008. Le rapport présente, enrichit et synthétise les présentations et débats du journée « portes ouvertes » sur les FDLR que Pole Institute a organisée le 11 mars 2008.

Les tentatives multiples de pacifier les provinces du Kivu et d’appliquer l’accord de Goma entre les belligérants congolais de janvier 2008 et le communiqué de Nairobi entre les gouvernements de la RDC et du Rwanda de novembre 2007 - tentatives pilotées et encadrées par la Communauté internationale - se heurtent sur le terrain à la méconnaissance profonde des réalités locales. Il n’y a que très peu de données sur la façon dont les groupes armés opèrent et la vie des populations sous leur contrôle. Les FDLR sont généralement considérées par la Communauté internationale comme un fantôme dont on parle beaucoup comme problème à éradiquer mais qu’on ne voit pas comme acteur avec des stratégies de survie et des alliances locales bien établies. Comprendre la façon dont les FDLR assurent leur pouvoir sur les populations dans les régions du Kivu qu’elles contrôlent est essentiel pour construire des pistes de solution.

Le présent rapport présente donc des appréciations d’acteurs de terrain sur la cohabitation forcée des populations congolaises avec les FDLR. Dans le territoire de Rutshuru ils ont fondé des familles avec la population hutu congolaise locale. Dans le territoire de Walikale ils ont chassé des autorités traditionnelles et jouent un rôle important dans les circuits de commerce. Dans plusieurs territoires du Sud-Kivu ils perçoivent des taxes, parfois en partenariat avec les autorités, et ont érigé des administrations parallèles. Ce sont des acteurs économiques et politiques de poids avec un appareil militaire fort. C’est par rapport aux expériences locales des populations que des solutions appropriées doivent être trouvées pour régler le problème FDLR. Le présent rapport s’efforce de donner des éléments de base qui peuvent servir à un débat mieux informé pour arriver à des solutions intégrant le vécu des Kivutiens.

Goma, 18 juin 2008

Pole Institute

http://www.pole-institute.org/


 Extrait de la préface :

Depuis le mois de décembre 2006, Pole Institute a initié un travail de réflexion autour de la problématique de l insécurité et de la guerre qui se sont installées à l Est de la République Démocratique du Congo et plus spécifiquement dans les Kivus, alors que le pays est censé être en période post-conflit depuis la signature des accords de Sun City en 2002.

Le 8 décembre 2006, nous avons réuni des notables des communautés ethniques du Nord Kivu, des Chefs des confessions religieuses et des animateurs d associations de la Société civile pour débattre du thème « Dialogue intercommunautaire au Nord Kivu : briser le mythe de Sisyphe ».

A l époque, et plus précisément à partir du 25 novembre 2006, les 81ème et 83ème brigades des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) non brassées, fidèles à Laurent Nkunda, étaient en guerre contre les autres unités brassées et intégrées. Le feu, parti de la localité de Sake, à trente kilomètres à l ouest de la ville de Goma, avait vite embrasé plusieurs localités, exacerbant du coup des tensions ethniques toujours prêtes à dégénérer en jeux de massacre dans ce coin du monde. En marge de ces combats fratricides entre brigades des FARDC, les FDLR et Interahamwe Rwandais continuaient à semer la désolation sur des espaces importants à l est de la RDC. Lors de cette rencontre de décembre 2006, le constat a été fait que la présence des forces étrangères sur le territoire congolais constituait une menace réelle mais que cela ne semblait pas préoccuper outre mesure les autorités politiques et militaires congolaises compétentes, « qui au mieux, les tolèrent et qui, au pis, collaborent avec elles. » A l issue de cette rencontre, la problématique de l insécurité a été identifiée comme le défi prioritaire auquel devait faire face ce groupe qui se définissait comme le noyau fondateur d une structure permanente d échanges, d analyses et de propositions. Deux autres journées furent organisées sur la problématique, respectivement le 20 mars et le 21 avril 2007. La rencontre de mars regroupait, autour du noyau fondateur de décembre 2006, des députés de l Assemblée provinciale (dont le Président de cette structure), des délégués du gouvernement provincial, de la Police et des FARDC, ainsi que des acteurs politiques locaux et des chercheurs. Pour la première fois, un délégué du mouvement insurrectionnel CNDP avait participé à cette réflexion. Le 21 avril, le cercle s élargit, avec la participation de deux ministres du Gouvernement provincial et des services de sécurité de la Province du Nord Kivu.

S agissant des FDLR, les participants à ces journées constatèrent, d une part, la gêne du pouvoir congolais, appelé à combattre ses alliés de la veille. D autre part, et pour la première fois, la dimension économique de la question fut évoquée.

L on se demanda si dans le contexte de flottement au niveau des commandements militaires, les FDLR ne constituaient pas un fonds de commerce pour certains officiers FARDC qui prétextaient la traque des FDLR pour se faire de l argent facile. Ce qui constituait une première allusion à la dimension économique dans un dossier qui est souvent abordé selon le seul angle politique.

L implication des FDLR- Interahamwe dans le circuit économique des riches Kivus, offrant un environnement plus généreux que le Rwanda, fut alors identifiée comme un obstacle à un éventuel retour spontané ; les populations congolaises, elles, placées dans des conditions proches du servage, vivent la dure loi de la jungle. A la fin de ces assises, les participants étaient d accord que notre pays ne devrait pas demeurer une jungle éternelle, et qu une réponse définitive devait être trouvée à la question de la présence des FDLR à l est de la RDC.

(...)

[La suite de la préface du rapport dans le pdf ci-dessous]

___

 Table des matières

- Liste des abréviations

- PRÉFACE

Première partie : Synthèse

1) Les FDLR : un État dans l’État congolais ?

2) De l option coercitive contre les FDLR

3) Vers une option négociée de la problématique FDLR : opportunités et handicaps de la RDC

4) Pour conclure

Deuxième partie : Exposés

• LA CONFÉRENCE DE GOMA ET LA QUESTION DE LA PRÉSENCE DES FDLR AU SUD ET NORD-KIVU : ÉTAT DES LIEUX. Par Aloys Tegera, Manager de Pole Institute NORD-KIVU

• LES FDLR DANS LE TERRITOIRE DE WALIKALE. Synthèse de recherche, par Primo Pascal Rudahigwa, Journaliste

• LES FDLR DANS LA COLLECTIVITÉ - CHEFFERIE DE BWISHA. Par Mwami Paul NDEZE MALI NI KAZI, Chef de la Collectivité Chefferie de Bwisha, Territoire de Rutshuru

• PROBLÉMATIQUE DES FDLR DANS LE TERRITOIRE DE MASISI. Par Bertin Kirivita et Nkuba Kahombo, Députés provinciaux élus du Territoire de Masisi SUD-KIVU

• VÉCU DES POPULATIONS EN TERRITOIRE SOUS CONTRÔLE DES FDLR (AXE KAMITUGA). Par Patrick Mihali Nyamatomwa, Chercheur indépendant

• VÉCU DES POPULATIONS COHABITANT AVEC LES FDLR : CAS DE SHABUNDA. Par Sébastien-Matthias Matenda Kaningini, Chercheur indépendant et Président du Conseil d Administration de ADIN, Shabunda

Télécharger le rapport au format pdf :

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Rapport - Juin 2008
Rapport Pôle Institure • Juin 2008